Aparté

Dans les locaux de Record Makers, des cartons s’empilent par dizaines dans le coin du salon. Sur les murs, des affiches de Drive fraîchement posées. Quelques minutes après Sébastien Tellier débarque avec un blouson en cuir blanc et de grosses lunettes de soleil sur le nez. Nous sommes pas loin des moins cinq degrés à l’extérieur et le ciel affiche un gris presque anthracite. L’air dégingandé, il s’installe dans la salle d’interview sur un canapé moelleux entouré d’une discothèque bien remplie. Entre nous, une table sur laquelle il dépose son porte-feuille, son portable, et un sac plastique rose.
Prêt?

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CE REVE BLEU
"Cet album, My God Is Blue, est l’album que j’ai fait pour illustrer ma "side spirituelle", mon rapport à l’esprit, mon rapport à la trans. Le mot clé général de cet album est : l’éveil. Ce sont des chansons, des musiques, des suites de notes qui sont censées amener à l’éveil." Le speech est bien tracé, Sebastien Tellier raconte cette grande entreprise qu’il veut lancer avec cet album. On pense inévitablement aux sectes ou aux témoins de Jéhovah, ou à la religion. "On ne peut pas parler de religion mais je monte un mouvement qui s’appelle l’Alliance Bleue autour de l’album. Qui n’est pas une religion, qui n’est pas une philosophie, mais qui est juste une communauté que j’essaie de construire comme ça. C’est vrai que toutes les chansons, toute mon inspiration est venue d’un rêve bleu que j’ai eu. En une nuit, une grande nuit de folie où j’ai été très loin. Plus loin que je n’ai jamais été dans la rêverie. C’est vrai que le lendemain matin, j’ai pas du tout ressenti le besoin d’en reparler. Je m’en souvenais à peine. Quelques jours après, il y a des flashbacks qui me sont revenus. Et là, ça m’a semblé intéressant. Et quand les flashbacks me revenaient, j’arrivais à enchaîner les notes. Je me sentais bien pour composer, m’aider à composer. A chaque fois que j’avais un flashback, je composais. Le matin, des choses me revenaient au réveil et je partais directement composer pour pas perdre la sève de tout ça. C’était plus un trip bleu. Et là j’ai cru y voir des vérités. Ce bleu là je l’appelle Dieu mais ce n’est pas un Dieu. Ce dieu est personne. C’est juste le bleu. c’est lui qui m’a fait vivre ce rêve bleu. Il n’existe pas ce dieu. Je ne le connais pas". Face à tant de propos abscons et un débit conséquent de mots, on pousse la discussion au plus loin. Un rapport avec Aladin? "C’est très Aladin, c’est très le village dans les nuages. C’est tout ça, ce sont des dessins animés que j’ai vu quand j’avais 12 ans. Avatar. Il y a tout cet ensemble bleu de choses. La période bleue de Picasso. Mais après, ce rêve, aurait été rouge, tout aurait été rouge. Mais il s’avère que ce rêve était bleu. Ca m’a amené vers le bleu. Ce n’a pas été une décision."

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PEPITO BLEU
"- Le pepito bleu c’est à la fois quelque chose qui représente mes nouvelles croyances, même si ce n’est pas une religion. Mes nouvelles idées. ce pepito bleu, il représente un peu mon point de vue sur le monde. C’est à dire, quelque chose de vraiment rond qui tourne rond. Bleu c’est le bonheur. L’immensité du bleu. Que le monde ne soit qu’océan, ciel, etc… Et donc, c"est aussi une façon de dire que j’ai fait un album spirituel. Bien sûr, dans cet album je suis obsédé par les croyances, mais c’est aussi un album de pepito bleu, c’est-à-dire, basé sur des fondements de biscuits. Tout ça, ce n’est pas construit sur les piliers de l’humanité. Tout ça, c’est comme ça. C’est aussi important qu’un biscuit.

- Tu peux avoir des problèmes de droits avec Pepito?

- Au pire, on va me donner de l’argent. C’est de la promotion pour leur marque de biscuits. Pepito, c’est quelle marque?

- C’est LU.

- Bon ben. C’est un appel au don puisque j’essaie de monter l’Alliance Bleue donc il me faut énormément d’argent. Donc si LU est prêt à me donner de l’argent, j’en serais vraiment ravi.

- Tu aimes les pepitos au moins?

- J’adore les pepitos. Ma vie c’est manger des biscuits en regardant la télé. Quelque soit le programme. C’est comme ça que je suis heureux, sur un canapé en mangeant des biscuits. Je suis bien mieux qu’en discothèque ou sur scène.

- C’est-à-dire que ça aurait pu s’appeler Granola bleu?

- Ca aurait pu s’appeler Granola. Mais j’aurais pu choisir Oreo aussi. Mais c’est pepito, ça sonnait bien.

- C’est mignon.

- C’est mignon un petit pepito bleu ouais. C’était histoire de raconter que tout ça, ça semble être volumineux, tout ça c’est fragile comme du biscuit. je ne suis pas en train de fonder une cathédrale, je m’amuse avec des choses légères."

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TOUT EST POUR LE MIEUX DANS LE MEILLEUR DES MONDES
L’Alliance Bleue est un monde parallèle crée par Tellier. Une utopie indistincte qu’il ne maîtrise pas encore. En filigrane, on y ressent une volonté ambiguë entre élévation métaphysique de l’album et légèreté sur la forme et les fondements. Un rêve difficile à imaginer dans la réalité en somme. "Moi et mes fidèles on peut se rejoindre quelque part pour communier… alors dans un premier temps on se rejoint pendant mes concerts. Ce sera le premier lieu de rendez-vous entre moi et mes fidèles. Après j’aimerais que tout ça cela devienne réel, dans un monde physique. Et puis là, si un jour j’ai un terrain, si j’ai une maison, un domaine autour, Ben là, effectivement, je commencerais à créer un véritable paradis".
Mais que pourrions-nous y faire dans ce paradis?
"On y ferait du toboggan. On y ferait du manège. On y aurait des discussions philosophiques. Tous les plaisirs sexuels seraient les bienvenues. On aurait des libertés. La liberté de casser, la liberté d’aimer, la liberté d’écrire des poèmes et de les réciter. Ce sera un monde très libre, sans chef. Je ne serai que le fondateur de ce mouvement. Et je le laisserai vivre, pas sans moi mais avec moi, sans être au-dessus. Et après, ce qu’il y a, c’est que j’attends. L’Alliance Bleue n’existe pas encore puisque je suis son seul représentant et qu’elle existera vraiment lorsque sortira l’album. Ensuite elle dépendra des gens qui viennent à moi. C’est-à-dire, si des gens s’inscrivent à l’Alliance Bleue, s’ils veulent devenir fidèle, ces gens là je ne les connais pas encore. S’ils sont, par exemple, carrossiers, bon ben très bien, on fera réparer des voitures. Après si c’est quelqu’un qui est plus, on va dire, dans le bâtiment, ce sera l’occasion de voir comment on va construire quelque chose. C’est selon les gens qui vont venir à moi que l’Alliance Bleue va évoluer. Je ne sais pas encore ce que ça va devenir, ça va vraiment dépendre des gens qui vont m’entourer. Ca peut être des grands chirurgiens, des petits commerçants, des professeurs d’histoire".
Sebastien Tellier est lancé, je ne le contrôle plus. Nous parlons des modalités d’intégration au sein de son Alliance Bleue. Cette discussion est totalement absurde. Il y parle de test de personnalités,de hiérarchie, de mariages entre fidèles. L’un des aboutissements de sa société ne serait qu’un egotrip. "Un système pyramidal qui doit mener à moi. Quand je dis à moi, c’est-à-dire dans les backstages avant les concerts, monter avec moi dans le tourbus, aller avec moi au restaurant, c’est être avec moi. Vivre avec moi. Ce sera ça la récompense des plus fervents fidèles."
Il réfute le fait que son Alliance Bleue puisse être considérée comme une secte. "Tout est vraiment basé sur le partage, il n’y a aucune manipulation. Je déteste moi-même me sentir manipulé. Je déteste manipuler les gens. Il n’y aura pas d’autorités, il n’y aura aucune obligation. Ca, ce sera vraiment sur le volontariat, sur la liberté. Ce serait de fou de ma part, en essayant d’être chanteur pop, de dire "attention je monte une secte". Ce serait la fin de tout pour moi. Rejeté, des procès, la justice.
Non, c’est un mouvement. Offrir et partager du plaisir. Je ne vais pas faire des chansons pour faire plaisir aux gens puis derrière, les escroquer.
Je veux vraiment quelque chose de bien. L’Alliance Bleue est pour moi l’occasion de faire une œuvre qui dépasse la musique. ce n’est pas un simple album. Ca va plus loin que tout ça. C’est une musique qui engendre un mouvement, qui aura un impact dans la réalité. Ce mouvement permettra aussi de peindre, de faire des œuvres, de faire tout ce que j’aime, de devenir un artiste complet. C’est à travers l’Alliance Bleue que j’espère devenir un artiste complet."

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MY GOD IS BLUE, UNE MAMAN GEANTE
L’artiste n’entreprend rien à moitié et reste fidèle à son image, un mélange d’auto-dérision, d’extrêmes et d’absurdité. "L’album est très puissant. Il y a une volonté de puissance, de grandiloquence, c’est extrêmement orchestré, très massif. Ca fait un peu penser à "Use your illusion" de Guns, de The Wall, c’est ce genre d’entreprise. Mais en même temps de la grandiloquence, j’ai vraiment essayé de ramener un côté très doux, très raffiné, mais aussi malin. C’est vrai qu’en général, les albums de grandiloquences sont très bourrins. Là c’est très féminin. J’ai voulu que ce soit une musique de maman, une musique qui rassure, qui amène de la chaleur. Une musique sensible, une musique tendre. Une maman géante. J’ai voulu essayé d’inventer un nouveau style de musique. J’ai vraiment essayé avec tous les rythmes, hiphop, dance etc… de faire un véritable album pop. Et de créer la pop du futur. J’ai essayé de faire en sorte que les gens se disent ça, "c’est ce que les gens écouteront""
Par rapport à Sexuality, Tellier avoue qu’il y a quelques clins d’oeil, des textes qui se répondent. Ses albums ont toujours été des albums concepts avoue t-il. Avec des thèmes très marqués. "La dernière fois c’était la sexualité, la prochaine fois ce sera les fruits et légumes. My God Is Blue est encore un album avec un thème fort. Il raconte une histoire. J’ai aussi renouvelé tout mon matériel, j’ai changé d’appartement, j’ai changé de voiture, j’ai tout changé ce qu’il fallait pour devenir quelqu’un d’autre. Je me suis forcé à devenir quelqu’un d’autre pour faire cet album. Mais c’est aussi ce que je fais à chaque album. J’essaie d’être différent."
Perplexe, on se demande où en est le réel Tellier, l’être humain et non plus le personnage. Où s’arrête la fiction pour laisser place à la réalité? "Je me sens plus que jamais dans la réalité. Par exemple avec Sexuality, on m’a un peu pris pour un spécialiste du sexe, on m’a pris pour un séducteur, pour docteur sexe. J’ai jamais été un grand séducteur. Pour moi, mon rapport aux femmes a toujours été cauchemardesque, j’étais très intimidé. Et puis, là, il y avait un grand mensonge qui faisait partie du spectacle, où je voulais jouer le rôle du séducteur, tandis que cette fois-ci, je crée un mouvement. C’est vraiment moi. C’est vraiment mes rêves d’adolescents. Je suis beaucoup moins dans un personnage aujourd’hui contrairement aux albums précédents. C’était basé sur du faux. Là je suis vraiment proche de ce que je suis dans ma vie personnelle."
Musicalement, il bâtit une passerelle géante entre le psychédélisme des années 70 et l’electro french-touch actuel de ses confrères. "C’est comme si Pink Floyd intégrait Ed Banger. Un mélange de Sebastian et de Pink Floyd. C’est comme si Sebastian avait produit The Wall. C’est comme ça qu’on peut mieux l’imaginer". Il veut que l’auditeur puisse, à l’écoute de My God Is Blue, ressentir les mêmes sensations qu’il a eu durant son trip bleu, une "sorte d’aventure cosmique". Toujours au fond de son canapé, il se redresse pour ouvrir le sac plastique rose qui était posé sur la table entre nous.

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DROGUES ET CHAOS
Mis à part la religion, la drogue restait un sujet sous-jacent à notre discussion. Il fallait briser le silence. Son trip bleu a t-il un rapport avec une drogue? A l’instant même où la question est posée, le sac plastique rose enfin ouvert s’avère rempli de substances illicites. Nous rigolons. Il roule et dégaine le briquet.
"Il y a bien sûr un rapport avec une drogue quelconque, mais cette drogue là est très spéciale, très nouvelle. Mais je ne peux pas en parler car ce sera une des récompenses offertes à mes plus fervents fidèles. C’est avec eux que j’aimerais en prendre. C’est une drogue très amusante car c’est une drogue qu’on peut fabriquer à la maison. Et, d’une certaine manière, elle n’est pas illégale, c’est ça qui est amusant. C’est quelque chose comme faire un gâteau. Sauf que c’est de la drogue. Tout est soft. Je rejette la drogue dur, je conseille jamais aux gens d’en prendre, je vomis la LSD, je déteste l’ecstasy, la coke, je déteste être entouré de gens qui en ont pris, je ne supporte pas tout ça. Je suis dans quelque chose de plus doux, je dirais même de quasiment médical. Je ne peux pas pour l’instant révéler ce que c’est, mais ce sera très amusant de le dire. Il faudra faire ses courses quand même. C’est pas avec du ketchup. C’est une recette que je ne donnerai qu’aux fidèles."
Au final, Tellier semble être un paradoxe à lui seul. Une incarnation même du chaos. Il veut mélanger les codes, les histoires, les cultures, les êtres, effacer les frontières entre le bien et mal, le passé et le futur, imposer la grandiloquence mêlée à la douceur. Tout ça, en se demandant s’il reste conscient de son statut principal, celui de musicien pop. Il lui reste encore quelques semaines pour peaufiner les bases – en biscuits – de son Alliance Bleue.

"C’est vrai que finalement, lorsqu’on aime la beauté, on finit par aimer le chaos. En tant que musicien, j’ai l’impression d’être né du chaos, Une suite de malheur, de dépressions nerveuses, qui ont fait que j’ai pu être musicien. Cet amour du chaos mais un désamour total de la haine, de la violence. Un chaos positif oui."

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Sébastien Tellier – "My God Is Blue"
Le 16 avril en digital, le 23 avril en physique
Record Makers/Barclay

Aparté

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texte et photos : Anh Phi

Été 2010. Au-delà de "Let’s Go Surfing" des Drums, "Waka Waka" de Shakira, ou encore un titre pourri de Two Door Cinema Club, on retiendra surtout un titre de cet été là . Ce titre, c’est "Go Outside", de la pop estampillée sixties orchestrée par un duo new-yorkais encore inconnu, Cults.
Un an plus tard on rencontre le couple, Madeline et Brian, dans les couloirs de la Cigale à l’occasion du festival des Inrocks Black XS pour leur cinquième concert parisien. On se fait un petit constat de ces douze derniers mois, depuis les fauteuils inintéressants d’une fac de cinéma jusqu’aux concerts qui s’enchaînent à travers les continents.

"L’année était très très longue. On a eu à peine un mois de repos. Beaucoup de travail, de tournées, mais aussi beaucoup de fun et de bonnes choses" nous confie Madeline. "C’était formidable. L’année dernière à la même époque on jouait au Texas avec des musiciens totalement différents et on n’avait aucune idée d’où on allait et de ce qu’on foutait. Depuis, on est passés par des centaines d’endroits et vécus des expériences folles. C’était une putain de bonne année" ajoute Brian.
Sur ces 12 derniers mois, le groupe a subit l’ascension et l’exportation quasi-instantanée aidée – en grande partie – par la gracieuse main du web, avec en sus, une signature sur le label de Lily Allen, In The Name Of (imprint de Columbia Records, faut pas déconner).

Il y avait tout de même de quoi s’inquiéter quant à la viabilité du groupe suite à un single aussi efficace. À l’instar de Radiohead et son "Creep" devenu un handicap, "Go Outside" aurait-il pu leur faire subir le même sort?
"On était totalement confiants en nous-mêmes qu’on allait séduire avec tous nos autres morceaux même si sans "Go Outside", on n’en serait probablement pas là aujourd’hui. On deviendra bien plus gros que Radiohead. Pour nous, ce qu’on ressent dans ce premier album, c’est qu’on n’avait aucune idée d’où on allait. C’était comme des enfants dans une boutique de bonbons. On n’avait jamais fait d’album auparavant ni entré dans un studio. J’ai appris à faire de la guitare dans ce groupe. Madeline a appris a chanter. Donc maintenant on est plus confiants vis-à-vis de nos chansons."
Le groupe compte bien s’affirmer après ce premier album plutôt réussi en allant plus loin que la simple candeur qu’on peut leur accorder. "Je ne pense pas que ce sera difficile de faire évoluer notre son. On a grandi en tant que musiciens et songwriters. On a des meilleures idées en terme de dynamiques et de structures, comme avoir plus de parties dans un morceau. Je ne suis pas inquiet, on ne sera pas dans une situation à la Pet Sounds (album phare des Beach Boys, ndlr) avec un million de parties différentes dans un seul morceau… Mais heureusement, Madeline est toujours là pour dire "c’est terminé."

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En glanant ici et là sur l’internet, le sempiternelle et inutile débat indie vs mainstream bat son plein avec Cults.
"On est indés" tranche Madeline. "Je pense que si tu fais de la musique, tu ne peux segmenter un groupe vis-à-vis de son audience. Si tu aimes un groupe, tu l’aimes. On veut être comme U2". Sujet clos.
Cults considère que leur musique est moderne, et au-delà de leur son volontairement retro, ils affirment aimer les Smith Westerns, Timber Timbre, Those Darlins, Wu Lyf ou encore Sleigh Bells. "Ce sont beaucoup de groupes qui s’orientent vers des anciennes périodes de la musiques mais avec un regard frais. Il est difficile de définir ce qu’est la musique moderne aujourd’hui… Enfin peut-être que le dubstep est moderne, je ne sais pas".
Mais ce qu’il faudra retenir, c’est que Madeline et Brian aiment bien boire et désirent partager cet amour pour l’alcool.
"Avec notre musique, on veut que les gens se sentent bourrés. On veut que le public se sente jeune. C’est pourquoi on aime ces groupes tels Smith Westerns ou Sleigh Bells, qui font une sorte d’éloge de l’immaturité. Encourager les gens de profiter de leur jeunesse, de sortie et de se foutre dans des situations galères, puis regarder en arrière et en rire. C’est un peu comme ça qu’on est en tournée. Bourrés.".
Étrangement, le groupe avoue n’avoir jamais annulé un concert mis à part leur tout premier, annulé quatre fois. Malgré les multiples maladies de Madeline ou encore un doigt cassé pour Brian, lorsque le public paie pour venir les voir, "la moindre des choses est de ne pas les laisser tomber".

Et que se passera t-il en 2012?
"- 2012, le monde est supposé s’arrêter.
- Tout le monde va mourir.
- Mais on a surtout deux choses. D’un côté nous travaillerons le prochain album de l’autre côté, on travaillera sur des projets cinémas, des mixtapes hip hop… bref, autant de choses étranges que possible
."

PHRASE BONUS
Madeline : "Do you now Jonah Hill? We’re going to have one of our song in one of his next movie."

L’album de Cults sur DeezeriTunes

Remerciements : Phunkster

Aparté

Vingt titres, treize mois d’enregistrements, sixième album, M83… Rencontre.

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Anthony Gonzales/M83 ( © Anh Phi)

 

"C’est un album qui m’a fait grandir"
Hurry Up, We’re Dreaming
transcende par sa grâce unique qui marque l’apogée de la carrière d’Anthony Gonzales, homme trentenaire père de cet album. "Ce disque est un condensé de tous mes albums. Mais j’ai vraiment essayé aussi d’utiliser des instruments que je n’utilisais pas avant, comme le saxophone. C’est une espèce de rétrospective mais avec des éléments nouveaux. Avoir un son nouveau tout en gardant mon intégrité et une ligne directrice" déclare t-il. Les nappes électroniques, le shoegaze méticuleux, la synthpop bien orchestrée, M83 a clairement gardé son arsenal gagnant. "Le dénominateur commun, c’est le son dM83 tout simplement. J’aime bien ce genre d’artistes quand tu écoutes un disque où tu reconnais que c’est, par exemple, Radiohead. J’aime bien ressortir de la personnalité dans le son".

Cette personnalité dans le son, il l’a traîné et mûrit jusqu’au bout du monde pour ce dernier opus. "Ce n’est pas évident d’être sincère envers toi-même et ton son pour éviter la trahison. C’est ce qui est difficile surtout sur une période d’un peu plus d’un an où tu passes par des moments de doutes où tu te dis que tu n’y arriveras jamais, et des moments de joie où c’est super gratifiant, où tu bosses avec des musiciens qui sont là pour t’aider et qui font que ta musique grandit. De part les rencontres, j’ai beaucoup voyagé pendant cet album, j’ai fait beaucoup de roadtrip en Californie où je prenais mon ordi et quelques synthés, je composais pas mal de musique sur la route. J’ai l’impression que, le fait d’avoir déménagé dans un pays, une culture, une mentalité différente, ça m’a fait voir quelque chose d’autre et ça m’a fait grandir. J’ai l’impression d’avoir pris dix ans d’expérience avec ce disque. C’est un album qui m’a fait grandir." Le désert américain, plus précisément celui au bord de 29 Palms en Californie est un lieu où les petits interludes de l’album ont été composé. Il se louait une cabane au milieu de nul part et voyait ce lieu comme "un moyen de se vider l’esprit et de recommencer avec une nouvelle motivation".

L’artiste évite gracieusement de citer ses influences lorsque la question est posée et préfère tendre vers l’introspection. "Je suis influencé par beaucoup de films. J’ai vraiment l’impression que ma musique ressemble à tout ça, à moi, à ma vie, mes relations, aux gens que je rencontre, mes peurs, mes peines, mes joies. Voilà. C’est vraiment ça. Je suis quelqu’un de très timide et la musique est pour moi un moyen de m’exprimer. C’est presque un moyen d’éviter la communication. Je préfère donner ma musique et qu’elle parle à ma place".

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Avant > Après
S’il y a quelque chose d’important chez M83, c’est ce refus de s’inscrire définitivement dans une chronologie bien définie. Il s’entoure de Brad Laner, guitariste du groupe Medecine (90′s) et de la jeune voix de Zola Jesus. "Le but c’était de faire un album intemporel. Je n’aime pas la musique datée, de dire que c’est de telle période et que dans deux ans ce sera passé de mode. J’aime bien les albums qui ne prennent pas de ride. C’est difficile et je n’ai pas la prétention d’avoir fait un album comme ça mais c’était le but en tout cas. On a vraiment essayé de bosser dans ce sens là et c’est vrai que Justin (Justin Medal-Johnsen, musicien et/ou producteur de Beck, Nine Inch Nails, Goldfrapp… ndlr) qui a une bonne expérience des années 90, moi je retrouve un peu cette nostalgie des années 90 où j’écoutais des albums et que j’attendais la sortie des albums de mes groupes préférés. Je faisais la queue avec impatience dans les disquaire lors de nouvelles sorties et c’est vrai que ce truc là, on la perdu aujourd’hui et ça va un peu trop vite à mon goût maintenant. Cet album c’est ma façon de dire aux gens que c’est un album un peu old-school, un peu un hommage à la musique que j’écoutais quand j’étais ado. Tout en essayant de garder cet aspect intemporel."

Implicitement, Anthony remet en cause les années du XXIe siècle gouvernée par le web avec son emprise sur la consommation de la musique. "C’est complètement à cause du web oui. Quand tu vois le nombre de sorties par semaine de groupe tu prends peur. Moi, en tant qu’amateur de musique, j’ai dû mal à m’y retrouver, à me dire qui je dois écouter. C’est un trop plein d’informations. C’est une jungle. C’est difficile pour moi de m’y retrouver. Puis le format aussi, le son du mp3 qui m’inspire pas grand chose. C’est difficile de se dire que la plupart des gens téléchargent et écoutent ton album dans une qualité un peu moindre alors que t’as passé du temps et que tu as fait l’effort de faire un bel album, de prendre le temps de le mixer et au final c’est décourageant. tu te dis "bon ben le prochain je pourrais le faire sur un laptop et le résultat serait le même". C’est un peu ce que je reproche à la musique d’aujourd’hui. tout va beaucoup trop vite".

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Leak me if you can
Nous rentrons alors dans un débat à propos des nouveaux outils de création. Où comment la technologie actuelle a permis, à moindre coût, à des artistes d’enregistrer eux-mêmes leur musique et de la dévoiler sur les plate-formes actuelles sans passer par des intermédiaires, éditions ou labels. Anthony comprend mais l’accepte moins. "C’est génial c’est sûr, je ne te dis pas que c’était mieux avant, mais je te parle de moi et pas des autres. Je trouve que la musique d’aujourd’hui a moins de charme. C’est sûr qu’aujourd’hui avec un laptop tu peux faire un album génial et du coup, t’as l’impression que tout le monde peut être créatif en un instant et laisser parler leur personnalité à travers la musique ou un autre art, le dessin, la photo, un film. Toute forme d’art est contrainte à passer par internet, les nouveaux medias, et les nouveaux outils. c’est effrayant mais super excitant aussi. Tout le monde à accès aux mêmes outils et tout le monde est sur la même longueur d’onde et c’est très bien. Mais c’est plus compliqué. C’est plus difficile… Même moi je télécharge beaucoup de musique parce que c’est vrai que c’est pratique facile et tout mais j’aime bien le physique. Je sais que si je tombe vraiment amoureux d’un album j’irais l’acheter en vinyle ou en CD parce que je préfère le son et parce que pour moi le MP3 ça reste une manière de découvrir un artiste mais le meilleur moyen de l’écouter, de rentrer dans son univers, ça reste le CD ou le vinyle".

Anthony préfère le studio au live : "c’est mon outils de prédilection, je me sens moi, je me sens à l’aise, je travaille à mon rythme, c’est une expérience créativement infinie." Bien qu’il ait débuté avec très peu de moyen, dans sa chambre équipé d’un 8 pistes numériques, il aime peaufiner le son et le mixage. Quelque chose que les groupes des années 70-80-90 faisaient essentiellement et dont il est nostalgique aujourd’hui.

De plus, son album a été leaké il y a quelques jours sur internet. "J‘ai entendu ça il y a deux trois jours. Et honnêtement ça me rend malade, ça me rend fou de rage et qu’est-ce que tu veux? Ce n’est pas le premier à qui ça va arriver, ni le dernier à qui ça va arriver puis, ça fait partie de la musique d’aujourd’hui malheureusement. Et ouais, ça ne m’enchante pas et quelque chose qui me rend profondément triste malheureusement. C’est quelque chose auquel je m’attendais. maintenant, que ce soit un mois et demi avant la sortie ça me fait mal." Le leak peut pourtant être vu positivement, comme une manière de s’étendre rapidement sur la toile d’une manière naturelle, d’atteindre un public avec une facilité déconcertante. "Ouais je sais, je sais pas. Après quand tu passes un an et demi sur un disque et… y a un truc qui n’est pas normal. Je ne vois pas l’intérêt du mec lorsqu’il leak l’album. C’est un truc qui me dépasse. Je ne comprends pas l’état d’esprit. Ou les motivations de ce genre de personne."

"- Peut-être qu’ils ont beaucoup aimé ton album et qu’ils veulent le partager, ce qui est bien en soi.
- Ouais mais, je ne sais pas… Il y a une date de sortie tu vois."


"La bande originale d’un film qui n’existe pas"
Nous concluons l’entretien en parlant de cinéma et du fait qu’il aimerait se lancer dans la musique de film. Adorant Terrence Malick, Gus Van Sant, David Lynch ou encore Greg Arak, son fantasme serait un jour de composer pour leurs réalisations. Pour lui, le film rêvé pour mettre son album en images serait un mélange de films des années 70. "Un mix entre "THX 1138" de Georges Lucas aguerré de Werner Herzog et peut-être un peu de Terrence Malick, "Les Moissons Du Ciel" par exemple".
Son album est conçu comme un film. "La première chanson que j’ai écrite pour cet album était la première du disque et la dernière que j’ai écrite pour cet album était la dernière du disque. C’était une aventure, un voyage, comme dans un film. C’est la bande originale d’un film qui n’existe pas. Je vais donner cet album aux gens et ils vont pouvoir imaginer leur propre film et c’est ça que j’aime bien. Je leur donne un outil pour travailler leur imaginaire. C’est ça qui est beau avec la musique."

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M83 – Hurry Up, We’re Dreaming
Sortie le 17 Octobre chez Mute/Naïve
Merci à Lara/Ivox
http://ilovem83.com/

Yaa, trublion toulousain

Depuis la maternelle, Philippe et Nicolas sont meilleurs amis. Une fois passés outre les bancs du collège, le premier s’arme de guitares et attaque le post-punk des Buzzcocks et des Rapture tandis que le second plonge dans la new wave, Joy Division en tête. Il y a deux ans, un troisième luron débarque, Anthony. Le groupe YAA se forme, les premiers concerts font leur effet et les festivals voient débarquer un trio à la volonté bestiale et sans relâche. C’est devant les urinoirs d’un bar parisien dans lequel ils jouent le soir-même qu’on se met à parler de rocks, de seins et de chillwave, mais pas que.

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Aparté

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Garçon introverti bien dans ses baskets et son pull en laine gris, Leno Lovecraft pointe le bout de son nez pour nous parler de sa musique. À tout juste 20 ans, le petit kiwi a traversé les continents pour faire des concerts en Europe et déverser ses grosses lignes de guitares sur lit de synthés retro et hymnes 8-bit.

On est là, dans un petit bar du XIe arrondissement parisien et Leno Lovecraft arrive en retard car il tenait à accrocher son badge "Maman Records", histoire de montrer de quel maison il provenait. Ainsi soit-il. On commande de concert un jus d’ananas pour être sur la même longueur d’onde et la discussion peut enfin commencer. "J’ai toujours voulu être musicien. Eleonore Klar qui travaille pour I Heart – un magazine itinérant – m’a vu joué à un festival Néo-zélandais et elle en a parlé aux gars de Maman Records – label français parmi lesquels Kisses, Chad Valley ou récemment Greatest Hits -. Après ils m’ont contacté. En Février. Ça a été rapide, a signature tout ça…".

Rapide comme l’instantanéité de ses morceaux qui tiennent quelque chose d’androgyne et clairement sexuel. Le "sex", un tag parfait qu’il n’hésite pas déployer sur son bandcamp aux côtés de "disco – glam – italo – New Zealand". Pour lui, cette notion sexuelle tient essentiellement de son inspiration du courant italo-disco des années 80. Pas vraiment de groupes l’ont influencé mais ce sont plutôt des morceaux en particulier, comme celui de Mr. Flagio, "Take A Chance" sorti en 1983, "un classique" selon ses mots.

Peut-on donc dire que sa musique est retro? "Pour moi, c’est futuriste. Ça décrit une utopie". A travers les dédales électroniques marqués pas ses synthétiseurs décomplexés et ramenés à la vie, Leno arrive à peindre en quelques notes blanches une atmosphère parfois cinématographique, le genre de séquence désaturée avec une bande de jeunes adultes new-yorkais qui glanent avec nonchalance, glace à la main, sans jamais s’ennuyer pour autant. Disons alors que sa musique est retro-futuriste, ce qui, en soit, n’avance à rien.
J’essaie de le ramener auprès de ses racines. Comprendre pourquoi il a quitté la Nouvelle-Zélande. "J’ai un home-studio, ma musique est do-it-yourself. Je pense que ma musique est influencée par la culture locale. Le fait que ce soit un pays isolé, unique, un endroit très spécial. On a un humour spécial." Mais clairement, la musique n’est pas quelque chose d’inhérent à son pays.
On cherche alors comment la musique de son pays pourrait se définir, comme si son pays souffrait d’un manque d’identité. En vain. Il me parle de Connan Mockasin (notre rencontre ici) qu’il apprécie. Je lui parle du duo comico-musical Flight Of The Conchords et de cet "humour spécial" qu’il évoque. "On partage ce même rapport à la culture, on cultive quelque chose d’authentique".

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LENO LOVECRAFT : EP#1
Maman Records