L’autre jour, je te parlais déjà de mes problèmes de brosse à dents et tous les problèmes familiaux qui s’ensuivaient. Je me suis aussi toujours demandé ce que ça ferait d’être dentiste, voir des bouches insalubres à longueur de journée, pénétrer dans la sphère d’intimité de ses clients. C’est un truc de pervers ce job, non? M’enfin, faut bien quelques Indiana Jones de la bouche pour sauver ce monde.

Qu’importe, aujourd’hui je viens célébrer quelque chose d’important. Je tiens à féliciter publiquement ma brosse à dents. Celle que j’ai acheté il y a à peu près un mois. Je tiens précisément à féliciter les poils, ceux qui, chaque jour se confrontent aux tâches les plus difficiles (remarque la très belle syllepse).
Car nombreux ont cédés. Oui, la nature est parfois mal foutue, et les dentistes aussi. Je m’explique.
Du haut de mes 13 ans, je suis allé voir mon Indiana Jones à moi. Il était grand et avait une gueule de beau gosse tout droit sortie des derniers épisodes d’Hanna Montana – elle aussi est bonne – . En plus de cela, et je ne rigole pas, il s’appellait Mr. Bono. Sauf que lui, ne chantait pas et ne tentait pas de sauver le monde. Bref, à 13 ans j’avais une canine qui se rebellait et tentait de sortir du rang. » Ne t’inquiète pas, ce n’est rien, tu n’auras pas besoin de bagues, ce n’est qu’une dent. Ça donne un charme » me disait Bono.
Je continuais de le voir pour les visites annuelles mais son silence sur l’alignement de mes dents était constant. Sauf qu’un jour, la dent rebelle a incité ses compatriotes à foutre la zizanie. Bono pensait faire face à Holden Caulfield, solitaire rebellé contre la société, mais il a plutôt fait face à une ribambelle de baby-rockers pseudo-rebelles en rut, ou a un remake buccal de Fight Club, au choix. Cette foutue canine a tout décalé.
17 ans à peine et sortant de l’adolescence, Bono quitte la scène pour enfin me dire » Ah ben, je crois que tu auras besoin de bagues si tu veux rectifier tout ça « .
Asshole.
Bref, ce n’est rien, je ne ferais que faire fuir les plus belles créatures de la planète avec mon sourire de fer. Et puis je ferai comme mon professeur de philosophie d’antan, je mettrais ma main devant ma bouche quand je rirais.
Tout ça pour dire qu’avec cette nouvelle brosse à dents – j’ai décidé de changer de marque -, les deux premières semaines ont été difficiles. A chaque brossage, les poils se coinçaient dans mes bagues. A chaque fois, je devais me munir de la pince à épiler de ma mère pour les retirer. Disgusting, je sais – je lavais, avant et après cette aventureuse pince bien évidemment -.
Sauf que parfois, tu te brosses les dents juste avant de quitter le domicile. Tu n’as l’occasion de parler à personne. Et c’est, une heure de transport plus tard, en parlant des devoirs du lendemain à tes collègues de fac que tu sens un poil meurtris par les bagues. Je te laisse imaginer la suite, sans pince à épiler. C’est difficile et parfois impossible.
Tous les poils faibles ont disparu, tous exécutés par Colonel Toothbrush. Depuis plus d’une semaine désormais, l’effectif est stable, il ne reste plus que les plus forts. Fallait se battre pour rester. Et ils l’ont fait. Bravo les mecs. Vous êtes l’élite.




